
Trois échecs au CCNA, cinq ans de tentatives, plus de 20 000 euros de formations en présentiel. Voilà le point de départ de Damien Soulages, fondateur de Formip. Aujourd’hui, sa chaîne YouTube dépasse les 100 000 abonnés et ses parcours accompagnés affichent plus de 90 % de réussite au premier passage du CCNA. Surtout, son histoire l’a amenée à faire un constat qui va intéresser toute personne bloquée à son poste ou en pleine préparation de certification : le problème n’était pas ses capacités, mais la méthode.
J’ai échangé avec Damien, je lui ai posé un ensemble de questions sur son histoire, sur les raisons qui l’ont poussé à créer son organisme Formip et pourquoi sa méthode est différente. Voici ce qu’il en ressort, et pourquoi sa méthode pourrait vous intéresser.
Cinq ans, trois formations, zéro certification
Damien était technicien télécom au moment où la VoIP a rendu obsolètes dix ans de compétences. “Le réseau a littéralement mangé les télécoms. J’ai dû réapprendre un métier de zéro : celui des réseaux informatiques.”, explique-t-il.
Pour y parvenir, il demande une formation à chaque entretien annuel. La même formation à chaque fois, et c’est toujours le même format qui revient. “Deux semaines en présentiel intensif, facturées 8 000 euros, voucher CCNA inclus. Et je bossais énormément en dehors du travail pour le décrocher. Mais rien.”
Un programme qui représente normalement plus de 300 heures de formation, condensé en dix jours. Et un mécanisme que Damien qualifie de pervers : “On vous remet un voucher d’examen de 400 euros, valable 3 mois. Alors pour ne pas jeter cet argent virtuel à la poubelle, on passe l’examen même quand on sait très bien qu’on n’est pas prêt. On se dirige vers l’échec en le sachant.” – Sur toutes les sessions qu’il a suivies, aucun participant n’a décroché son examen.
La troisième tentative, appelée un “CCNA FAST” facturée la jolie somme de 5 000 euros. Le même programme, en une semaine cette fois-ci, ce qui l’a fait atterrir directement dans la deuxième semaine de la formation qu’il avait déjà suivie deux fois. « J’étais dégoûté. Et lessivé. »
Au-delà des multiples déceptions, le problème semble plus profond. Plusieurs anecdotes qu’il m’a racontées montrent bien qu’il y a quelque chose qui cloche : un formateur qui s’endort pendant le TP sur Packet Tracer, un autre qui annonce dès la première minute que tout ce qu’il va enseigner est obsolète, faute de catalogue à jour côté commercial.
Le déclic : et si le problème ne venait pas de moi ?
Après ces échecs, Damien en était arrivé à douter de lui. « Je pensais sincèrement que j’avais un problème. Que mon cerveau fonctionnait au ralenti. » Puis la question qui change tout : et si le problème venait de la méthode ?
Pendant ces cinq ans, il ne s’était pas contenté du présentiel : forums, formations en ligne américaines, livres officiels Cisco (« ces gros pavés écrits en tout petit, à lire avec sa boîte de Doliprane à côté »). Quand le CCNA tombe enfin, de justesse, l’analyse est claire : « Ce ne sont clairement pas les deux semaines de présentiel répétées trois fois qui ont fait la différence. C’est le travail régulier, étalé, à mon rythme. »
Il considère d’ailleurs le format intensif comme du gavage intellectuel, avec un rythme conçu uniquement pour le… formateur. Pourtant, cela devrait être l’inverse, non ?
Il relève au passage un paradoxe que je trouve assez juste. Les formations qui préparent un diplôme d’État durent 9 à 15 mois, pour des référentiels revus tous les cinq ans environ et des taux de réussite élevés (91,6 % au bac 2025 selon la DEPP). Celles qui préparent le CCNA, plus exigeant et mis à jour bien plus souvent par Cisco, durent deux semaines. Cherchez l’erreur.
Ce que dit la science de l’apprentissage
Ce que j’apprécie dans la démarche de Damien, c’est qu’elle ne repose pas sur une intuition. Il s’est renseigné à propos du fonctionnement de notre mémoire et l’a appliquée au CCNA. Ce qui lui a permis de comprendre trois choses :
La rétention : le cerveau oublie très vite ce qu’il ne réactive pas, c’est la courbe de l’oubli décrite par Ebbinghaus dès 1885 et répliquée depuis. « Bachoter le subnetting pendant 8 heures un samedi, c’est le meilleur moyen de tout avoir oublié le mercredi suivant. »
L’espacement : revenir sur une notion à intervalles réguliers ancre l’information bien mieux qu’une seule session massive (Cepeda et al., 2006). C’est ce qui explique le format des vidéos Formip : 5 à 12 minutes maximum. « Pas des vidéos d’une heure où il faut se retaper les 60 minutes pour retrouver une pépite. »
La pratique active : se tester aide à mieux mémoriser mieux que se relire (effet de test, Roediger et Karpicke, 2006) et l’apprentissage actif surpasse le cours magistral (Freeman et al., PNAS, 2014). À l’inverse, relecture et surlignage figurent parmi les techniques les moins efficaces documentées (Dunlosky et al., 2013). D’où l’alternance vidéo courte, cours illustré, quiz, travaux pratiques. « C’est en faisant qu’on apprend, pas en regardant. Sinon ça s’appelle Netflix. », précise-t-il.
L’axe central des parcours Formip, c’est le travail pratique validé par un formateur. « Le simple fait de devoir montrer son travail à quelqu’un booste énormément le passage à l’action. »
Chaque chapitre s’ouvre sur une pratique assistée, guidée pas à pas, pour désacraliser l’outil avant même d’avoir tout compris. Le cours complet est ensuite déroulé, puis vient un TP non assisté : « Là, il faut faire chauffer son cerveau, faire des erreurs, recommencer, chercher. C’est comme ça que ça rentre. Pas en livrant tout sur un plateau. », affirme Damien.
Le second chantier, c’est de lutter contre le décrochage, qu’il présente comme le fléau numéro 1 de la formation IT. Depuis plusieurs années, Damien propose ce qu’il appelle des appels découverte. Il en a réalisé des centaines avec des personnes intéressées par les réseaux informatiques et la réussite du CCNA. D’après lui, trois causes reviennent à chaque fois :
Le manque d’empathie des formateurs : tous les formateurs Formip y sont sensibilisés, et leurs réponses écrites passent par une relecture assistée par IA.
Le blocage sur les TP : là où beaucoup d’organismes exigent de réussir sans aide, Formip donne la solution, l’explique, et demande simplement de refaire l’exercice. Autrement dit, la persévérance est la clé.
La solitude en ligne : un canal WhatsApp dédié, des points hebdomadaires et une communauté d’apprenants et de formateurs.
Les chiffres, sans enjoliver
Les chiffres mis en avant par les organismes de formation méritent toujours d’être décortiqués. Je lui ai donc demandé ce qu’il en était réellement avec Formip.
Les 25 000 personnes formées ? « Ce sont les personnes qui ont suivi mes formations vidéo sur Udemy, des contenus que j’offre aujourd’hui gratuitement sur YouTube. Donc non, elles ne sont pas toutes certifiées, et beaucoup ont décroché en route. »
Les parcours accompagnés, avec TP validés et suivi humain, c’est un autre ordre de grandeur : environ 500 personnes formées et une cinquantaine de CCNA décrochés. Un ratio qui s’explique par l’absence de date limite. « Si la personne est prête en 2 mois, tant mieux. S’il lui faut plusieurs années, c’est ok. » – Le record chez Formip : un mois et demi, et trois mois pour une personne en pleine reconversion. Contre cinq ans pour Damien, rappelons-le.
Le taux de 90 % de réussite au premier passage, lui, s’explique par un filtre assumé : personne n’est inscrit à l’examen sans avoir validé l’ensemble de ses TP et réussi toutes les évaluations d’entraînement. « Donc oui, on ne se mouille pas. Mais il est hors de question d’envoyer un apprenant au casse-pipe pour qu’il se prenne un échec en pleine face et perde sa motivation. C’est exactement l’inverse du système que j’ai subi. » – Pour que les frais d’examen soient offerts (le fameux voucher CCNA), l’élève doit d’ailleurs remplir l’ensemble de ces conditions.
Pour situer ces chiffres, les grandes plateformes de cours en ligne ouverts affichent environ 3 % de complétion sur plus de 12 millions d’inscriptions analysées par le MIT et Harvard (Reich et Ruipérez-Valiente, Science, 2019).
Trois conseils si vous préparez une certification ce mois-ci
Je lui ai demandé trois choses à changer dès demain dans sa méthode de révision. Sa réponse tient en un mot répété trois fois : pratiquer. « En immobilier, c’est l’emplacement, l’emplacement, l’emplacement. Dans l’IT, c’est la pratique, la pratique, la pratique. »
Pour compléter :
Se faire accompagner par une IA : elle est patiente par nature, elle reformule autant de fois qu’il le faut sans jamais juger.
Arrêter d’apprendre par cœur : ça ne sert strictement à rien, à part se complexer et perdre sa motivation.
Ne plus encaisser 8 heures d’affilée : si le cerveau décroche au bout de 2 heures, les 6 heures suivantes partent directement dans la corbeille du cerveau.
Sur le lab face à la théorie pure, pas de débat possible : « Est-ce qu’on se ferait opérer par un chirurgien qui a seulement lu des livres mais jamais pratiqué ? Le cerveau est câblé sur la pratique. » – Pas faux, et puis, la pratique, c’est ce que l’on aime, non ?
Pour qui Formip n’est pas fait ?
Question volontairement inconfortable, réponse directe : « Pour ceux qui pensent qu’il suffit de s’inscrire pour décrocher une certification reconnue mondialement. » Damien cherche des personnes avec un objectif défini, de la discipline, et « coachables », capables de se remettre en question. « On ne vient pas chez Formip pour se former. On vient pour se transformer. »
Sur l’IA, sa position est tranchée : elle aide énormément ceux qui l’ont adoptée, et donne une fausse impression de maîtrise à ceux qui l’utilisent pour tricher avec eux-mêmes. « Une IA ne te relance pas un dimanche soir de découragement. Une IA ne valide pas tes travaux pratiques. Chez Formip, la règle est simple : l’IA pour comprendre, l’humain pour valider et pour ne pas te lâcher. »
L’impact sur le marché de l’emploi, il l’illustre en évoquant le cas de l’un de ses élèves : un technicien support bloqué, des tâches sans intérêt, aucune perspective d’évolution. Il a suivi le parcours Administrateur Réseau alors que sa fille venait de naître et qu’il avait un boulot à côté. En 2 mois, il a décroché son CCNA du premier coup. Trois semaines plus tard, il avait trois propositions de poste, dont une près de chez lui avec un salaire bien plus attractif. Et aujourd’hui ? C’est lui qui oriente les gens dans nos appels découverte. Il a vécu cette transformation, alors il est bien mieux placé que quiconque pour conseiller ceux qui veulent la vivre. Logique.
Envie de vous former ?
Si l’approche Formip vous intéresse, sachez que deux parcours métiers sont proposés :
Technicien Support IT (CompTIA A+)
Administrateur Réseau (Cisco CCNA)
Dans tous les cas, le point d’entrée, c’est un appel découverte gratuit avec une personne qui vit l’IT au quotidien, pas un commercial. Plusieurs solutions de financement existent, elles sont abordées lors de cet appel.
En complément, Formip anime une vraie communauté, avec des webinaires hebdomadaires (utiles pour poser ses questions en direct) et des contenus gratuits sont disponibles sur la chaîne YouTube et le blog formip.com. Damien a aussi publié deux livres métiers couvrant tout le programme CCNA et A+, sur Amazon :
Si vous avez raté une certification en pensant que le problème venait de vous, l’histoire de Damien mérite peut-être que vous reposiez la question autrement.
Cofondateur d’IT-Connect et Microsoft MVP “Cloud and Datacenter Management”. Mon obsession depuis près de 15 ans ? Rendre l’administration système et la cybersécurité accessibles, que vous soyez junior ou confirmé. Plus qu’un métier, l’IT est pour moi une véritable passion. J’accompagne au quotidien les sysadmins et les professionnels de l’IT dans leur montée en compétences et leur veille technique.
